Pourquoi est ce important de se former pour réaliser la transition écologique et solidaire?
par Perrine Vandécastèle, membre du Campus de la Transition

Le Campus de la Transition est un lieu d’enseignement, de recherche et d’expérimentation créé en 2018 par un collectif d’enseignants-chercheurs, d’entrepreneurs et d’étudiants réunis par une volonté commune :
Promouvoir une transition écologique, économique et humaniste, à l’échelle des enjeux qui bouleversent notre siècle.
Le Campus de la Transition innove radicalement dans les contenus de ses enseignements, mais aussi dans la manière de les enseigner. L’expérience de l’apprenant se poursuit bien au-delà du seuil de « l’amphi ». Les enjeux d’une transition écologique concernent autant nos têtes que  nos cœurs et  nos corps.

Le Campus de la Transition organise des formations pour les étudiants, et depuis peu pour les professionnels qui souhaitent mieux comprendre les enjeux et défis de la transition écologique et solidaire afin de mettre leur activité professionnelle au service de cette transition. Les motivations des candidats aux formations et les actions qu’ils enclenchent suite à cette expérience permettent de bien cerner en quoi se former est un véritable accélérateur de transition.

1ere raison : je cherche à me mettre dans une dynamique au service de la transition, à aligner mes valeurs et mon travail 

La transition ne sera pas possible sans une redirection massive du temps passé par tous ceux qui travaillent vers la création de biens, services et expériences compatibles avec les limites planétaires et créant les conditions d’une vie bonne. « Il faut de tout pour faire un monde », c’est vrai ! et il faut tout le monde et tous les talents pour faire la transition. 

La formation est un levier d’appropriation des enjeux et de mise en mouvement individuelle et collective qui est incontournable pour rendre chacun acteur d’une transition qui sera ainsi plus choisie que subie. C’est également un lieu privilégié de questionnement sur son évolution professionnelle, pour aller vers la satisfaction d’ « être à sa place » dans un métier et une structure qui sont autant épanouissants qu’utiles. 

L’énergie et l’engagement qui perdure chez les 150 de la convention citoyenne pour le Climat après plusieurs WE de formation et de travail sur ces enjeux-là démontre bien la force de la formation comme moteur de l’action ! Nous le voyons aussi chez nos Alumni : 3 mois après la première formation, les projets de création d’entreprise sont concrétisés, l’un devient enseignant sur le développement durable, l’autre rejoint l’association pour la transformation de la filière livre dans laquelle elle travaille, un 3e s’est engagé localement en politique… la formation ancre l’envie de s’engager ! 

2e raison : je cherche à développer de nouvelles compétences utiles à la transition, dans mon métier ou un nouveau métier.

Au-delà de la mise en mouvement qu’elle permet, la formation est bien sur surtout le lieu d’acquisition des connaissances et des compétences qui permettent de prendre de meilleures décisions et de travailler effectivement à la transition. 

La connaissance alimente la réflexion sur les stratégies d’action, les besoins du marché, et la définition d’un positionnement juste et écologique. Les compétences peuvent être, selon la formation choisie, transversales ou opérationnelles. S’il est évident que certains nouveaux « métiers verts » nécessitent la création de formation spécialisées (par exemple valoriste ou agent de maintenance d’éoliennes), la plupart des métiers doivent évoluer pour mieux intégrer les dimensions écologiques et sociales. Le comptable doit par exemple apprendre à manipuler les indicateurs extrafinanciers pour piloter l’entreprise, l’enseignant doit intégrer de nouvelles méthodes pour enseigner la complexité, le logisticien doit savoir intégrer l’optimisation des émissions de CO2 dans son plan de transport… Autant de manières de faire évoluer les métiers dont les branches professionnelles devraient se saisir. 

La formation est également centrale pour accompagner les reconversions qui vont nécessairement se multiplier sur fond de crise économique pour certains secteurs touchés de plein fouet par la pandémie. Les métiers d’artisans, d’enseignant.e.s, d’infirmier.e.s , d’agriculteurs, également centraux pour rendre effective la transition pourraient trouver de nouveaux candidats à la recherche de métiers qui ont du sens, à l’inverse des « bullshits jobs » de David Graeber. 

Enfin, la transition se fera se manière collective et dans la coopération ou ne se fera pas. Faire fonctionner un collectif en maximisant la contribution de chacun par la prise d’initiative, le partage d’idées et de compétences et la coordination nécessite de développer un ensemble de compétences dites psychosociales : élaboration d’une vision commune, outils d’intelligence collective, communication non violente, pratiques de reconnexion à soi, gouvernance partagée…

La somme des choses à apprendre est telle, et la probabilité de devoir faire évoluer régulièrement les compétences de toute une organisation amène des chercheurs comme François Taddei à promouvoir des organisations voire une société apprenante !

Si les universités commencent à prendre en main cette question l’enseignement de la transition, tout est encore à faire pour la formation continue, filière par filière, métier par métier ! 

3e raison : j’ai pris conscience de l’importance de la question climatique et je souhaite prendre un temps de recul pour mettre à jour ma compréhension de ces grands enjeux

Se former, c’est s’offrir un temps en dehors des échéances court-terme du travail. Pour faire la transition il ne s’agit pas seulement de changer à la marge une manière de faire son métier. Il s’agit de reconsidérer en profondeur nos représentations de l’économie, de la réussite, du travail, du progrès et du développement. Pour pouvoir ré-ouvrir l’horizon, rien de tel que de mettre le quotidien sur pause pendant quelques heures ou quelques jours. Adopter un regard critique sur ce qui constitue un métier, une identité et remettre en cause des croyances structurantes demande du temps ! 

Se former c’est donc mettre (au moins ponctuellement) la machine sur pause pour pouvoir la déconstruire et la reconstruire avant de la redémarrer avec une nouvelle dynamique, dans une direction potentiellement différente.

4e raison : je cherche à rencontrer des personnes qui partagent mes questionnements profonds pour ne plus me sentir seul face à cette prise de conscience.

Si vous avez pris conscience récemment de l’ampleur des défis environnementaux et de la profondeur de remise en question nécessaire pour construire les solutions, vous vous sentez peut-être seul au milieu de vos proches et collègues qui peuvent ne pas comprendre votre tendance somme toute irritante à remettre en cause en profondeur une grande partie de ce qui constitue notre monde. 

La formation, qu’on se forme en autodidacte, par des lectures, vidéos, conférences, ou via un parcours organisé par un organisme de formation, permet sinon la rencontre, tout au moins le dialogue avec des personnes qui partagent un questionnement, des inquiétudes, ou des envies d’agir. Elle permet aussi l’échange de savoirs et d’expérience, ce qui est très précieux pour un sujet complexe et aussi large que celui de la transition écologique et solidaire.  

La transition est un sujet qui touche au cœur, et face auquel les casquettes professionnelles tombent rapidement. En se formant sur ce sujet, des échanges sincères tissent des liens d’autant plus forts entre participants, à même de perdurer après la session. Et comme que la transition ne se fait que par le partenariat et la coopération, se former permet aussi d’intégrer un écosystème où se trouveront peut-être futurs clients, fournisseurs, partenaires ! 

5e raison : je veux mettre l’impact social/environnemental au cœur de mon organisation/projet et cherche à mobiliser en interne autour de ces objectifs.

Si les incantations au changement dans les comportements de consommation sont faciles, la consommation responsable ne reste possible que dans la mesure où l’offre responsable de qualité est disponible sur le marché. Les entreprises répondent progressivement à cette demande, ou tout du moins tentent (plus ou moins sincèrement) d’y répondre. 

Les exigences éthiques – ou plus pragmatiquement les exigences des consommateurs et les règlementations sont de plus en plus nombreuses : l’impact environnemental, qu’il relève de l’empreinte carbone, de la production de déchets ou de rejets polluants, impact social également, envers les fournisseurs (répartition de la valeur, respects des droits humains…), les salariés (égalité homme-femme, diversité, inclusion de publics vulnérables, lutte contre le harcèlement…). Et il s’agit d’être vertueux à toutes les échelles, du local au global ! 

Intégrer toutes ces exigences, par conviction ou par la nécessité du marché nécessite de se former à la fois sur les enjeux, pour anticiper les impacts désirables et indésirables d’un produit ou d’un service, et sur les méthodes qui permettent de faire fonctionner ces projets complexes – développement de partenariats entre entreprises, associations et territoires, utilisation du design thinking, modèles économiques à impact et modes de gouvernances plus horizontaux… Toutes les fonctions de l’entreprise sont concernées par l’un de ces axes. Pour le dirigeant, il est indispensable d’avoir saisi l’aspect systémique des changements à opérer et de donner un cap clair à ses équipes. Et pour fédérer les énergies autour de ce cap clair, la mise en mouvement et d’appropriation de l’objectif que permet la formation interne est précieuse.

 La formation est bien un investissement, en argent mais surtout en temps. Il est aujourd’hui urgent de prendre ce temps de recul, de montée en compétence et de rencontre pour susciter cette dynamique individuelle et collective et construire dès aujourd’hui les entreprises qui façonneront un monde de demain juste et écologique !


Perrine Vandecastele - Campus de la Transition Mail : perrine.vandecastele@hotmail.fr Par sa formation alliant Sciences exactes et Sciences Sociales, Relations internationales et Développement local entre Sciences Po Paris, l’Université Pierre et Marie Curie, et la Freie Universität de Berlin, Perrine Vandecastèle est partie d’une compréhension globale de la question climatique pour arriver à la problématique plus locale de la transition énergétique et sociale des territoires.


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